Gabriel, 10 ans. [nom et âge fictifs]
Je suis chez moi. Mon imagination me joue forcément des tours. J'entends sans cesse une voix, une voix que je connais, seulement, je n'arrive pas à l'identifier. Elle veut que je l'aide. C'est une voix d'homme...
8 septembre 2001, mon père s'apprête à partir. Je pleure, je sens un vide en moi, comme si je venais d'appendre qu'il m'avait quitté à jamais. Pourtant c'est loin d'être le cas, car je vais le rejoindre dans 3 jours. J'ai toujours eu peur des avions. Ce sont pour moi des objets qui ne sont en aucun cas sûrs. On me dit : « Ne t'inquiète pas ! Il y a plus d'accidents de voiture que d'avion ! ». Sauf que dans un accident de voiture, ce ne sont pas des centaines de personnes qui meurent en même temps.
9 septembre 2001, mon père doit prendre le vol qui part de Genève à 17h45. Il est 17h30 et ma tante et moi, sommes à l'aéroport. Le moment est venu de lui dire au revoir. Evidemment je pleure, je n'arrive pas à m'arrêter, je pourrais pleurer un océan entier pour mon père. Mon merveilleux papa à moi ! Celui que j'aime de tout mon c½ur... Il part maintenant en direction de l'Amérique, des Etats Unis plus précisément. On lui a proposé un poste important dans un grand bureau de New York. Pourquoi on va là-bas ? Il a déjà un travail ici ? Et nous avons une vie très heureuse ! Quand il m'a prévenu 3 jours plus tôt que nous allions partir, il a essayé de me calmer en me disant que nous allions rencontrer de nouveaux amis, apprendre une nouvelle langue et vivre encore plus heureux. Je voyais ses efforts pour me rassurer et j'ai décidé de ne pas m'inquiéter, à ce moment-là du moins.
10 septembre 2001, mon père téléphone ! Je suis content ! Il est bien arrivé et son bureau est énorme ! Avec vue sur le nord de Manhattan. Je ne savais pas qu'il allait travailler dans le plus grand gratte ciel du monde ! Malgré tout, je ne me sens pas très bien, je pense que je dois me reposer. Mon père me manque déjà tellement... Vivement demain que j'aille le rejoindre avec ma tante !
11 septembre 2001, il est minuit et demi...je ne cesse de me réveiller... dormir m'est très difficile, je sens mon c½ur se durcir, se contracter un peu plus à chaque minute qui passe, ça doit être l'impatience. C'est mardi et je ne vais pas à l'école car je pars aujourd'hui. Il est maintenant exactement 12h46. Alors que je finis de faire ma valise, je commence à entendre des voix qui crient, on dirait de l'anglais, et parmi ces voix j'entends du français, cette voix que je connais, mais qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi ces voix ? Je suis en plein milieu de ma chambre, je ne comprends pas, cet homme qui crie « Au secours », pourquoi il crie ça ? Qui crie ça ? C'est à ce moment précis que je comprends que mon père est en danger, je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je vide complètement ma valise, pourquoi je fais ça ? Je prends, mes habits, ma chaussure offerte par mon père que j'avais mise délicatement dans la valise, avant que je la vide ! Je suis bête ! Je regarde l'heure, 12h48, je refais ma valise, les chaussures, mon livre Titeuf, mon mini-dictionnaire anglais-français que mon père à acheté avant de partir, je repense à lui, je me dépêche, je fourre dans la valise 3 ou 4 T-shirts, quelques jeans, même troués, une casquette Nike, je suis de plus en plus inquiet, une photo avec mon père, la seule photo que j'ai de ma mère, je regarde autour de moi pour voir ce que je ne peux surtout pas oublier, c'est un bordel dans ma chambre le désordre m'empêche de me dépêcher, je prends encore un livre, mes lunettes de soleil, ma trousse de toilette déchirée à un bord, je m'en fiche, je la mets dedans, mes médicaments ,quelques films, ceux que mon père préfère, il est 12h50, je ne peux pas aller plus vite. Je prends ma montre, un album de photos ou j'ai des souvenirs avec mes amis, ils vont me manquer, les voix continuent leurs cris, et des bruits de fond comme des murs qui tombent par terre retentissent et me font mal à la tête, je veux mon père ! Je mets encore un pull dans ma valise, celui que j'utilise toutes les semaines et que mon père me dit d'enlever car il est toujours sale, je veux y mettre mes amis aussi, mais je ne peux pas, je commence à pleurer, tout se bouscule dans ma tête, je crie, je prends quelques CD de musique, ceux que mon père et moi écoutons tous les jours, ma tante ouvre la porte de ma chambre et m'aide à ranger le désordre et commence à me demander ce qui se passe, je lui dis de m'emmener à l'aéroport, je veux mon père ! Je continue de mettre mes affaires dans ma valise, un pyjama, une voiture en plastique, des sous-vêtements, mon lecteur MP3, ma pièce porte-bonheur, NON ! elle va dans ma poche celle-là !, ma tête me fait mal, je pleure encore, il est 12h55. Qu'est-ce que j'oublie ? Je prends un bonnet, ma game-boy, des chaussettes, un plan de New York, les billets d'avion, un jeu de cartes et ma tante me prends par les épaules, me secoue, j'ai mal à la tête.
Ce jour-là, le travail de mon père s'est effondré. Le plus grand gratte-ciel du monde était détruit. Ma tante était toujours devant sa télévision, et moi, j'essayais d'appeler mon père...quelle idée ! Deux jours après il nous a téléphoné, je n'y croyais même plus avant ça...et je m'en voulais de n'avoir rien pu faire. Il est arrivé chez nous la semaine suivante, après s'être guéri de ses blessures. Il était dans la seconde tour et a eu le temps de partir...
[ Ce que quelqu'un a été capable d'organiser ]
[ Pris d'un devoir de français ]
[ Ecrit par Arthur, moi ]